vendredi, février 27, 2004

Yann: Messe à Harlem

Si vous vous sentez l’intrus partout où vous passez, j’ai un vaccin : la messe dominical de la Salem United Methodist Church (New York). Ou comment être aussi à l’aise que dans votre salon, dans une église remplie de 150 personnes noires que vous n’avez jamais vu.
Pourtant, je le parie, il n’y a jamais des dizaines de mamies blacks avec des chapeaux odeur naphtaline dans votre canapé. D’ailleurs, vous laisseriez difficilement votre propre mémé sortir affublée du modèle à poil long beige de la petite bonne femme du fond ou d’un feutre avec une énorme aiguille blanche plantée à l’arrière (si, si, c’est très mode à New York).
Jamais de la vie vous n’aurez vu une telle scène : des choeurs gospels à la Sister Act, des gamins en costards jouant du triangle, un pasteur roi du show alternant sermons, petites blagues et appels aux dons pour financer l’hospice. Et pourtant, vous serez bien. Sereins malgré votre dégaine décalée de touriste. Personne ne vous fera sentir votre légère différence d’épiderme. Si vous ne trouvez pas la page de « Marching to Zion » dans le livre des chants, votre voisine vous la désignera sans se moquer une seconde. Seul truc à éviter peut-être : ronfler dans le fond. J’ai vu un petit chauve en costard exceller dans cet exercice mais je crois c’était un habitué.
Au bout d’une heure ou deux, après avoir demandé aux enfants ce que signifient la foi ou la paix (« Je ne connais pas parce que c’est la guerre en Irak » répond un petit), vous aurez droit à la minute la moins discrète. « D’où venez-vous les visiteurs ? demandera le pasteur Glenn Cooper après vous avoir fait lever. Puis de conclure d’un « Quand vous repassez par New York, n’oubliez pas de revenir nous voir, 2190 Adam Clayton Powell, Jr Boulevard ». Là par contre, c’est le moment d’y aller. Juste après la quête quand même (c’est plus urbain). L’heure du repas approche et vous êtes bien sûr cordialement invités. Mais franchement, pour avoir senti les quelques odeurs qui venaient de la cuisine pendant l’office, je ne le conseillerais qu’aux plus courageux ou aux grands amateurs de poulet à la crème.



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